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 1 # Le ciel ne m'a jamais paru si bleu...

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Vision de l'Aigle
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MessageSujet: 1 # Le ciel ne m'a jamais paru si bleu...   Mer 2 Jan 2013 - 22:19

1 # Le ciel ne m'a jamais paru si bleu...

J'étais une suite de lettres impromptue sur un papier. Pour le monde, je n'étais rien. Pour les autres non plus, d'ailleurs. Mon existence n'était ni douce ni amère, ni triste ni heureuse. Seulement monotone comme une valse à quatre temps, sans goût, sans odeur. Je n'étais qu'un nom sur un papier, une date qui me permettait un tant soi peu d'exister. Alors je suis sorti de ma boîte, j'ai cassé mes chaînes, j'ai fissuré les barreaux de ma prison. Je n'étais qu'un être imparfait dans un moule trop petit, obligée de me former comme la société l'entend, pas comme moi je l'aurais voulu. Mon nom est une cage qui me retenait prisonnière. Il y a longtemps que je l'ai compris. Alors j'ai défoncé les parois, j'ai brisé le plafond. En m'enfonçant plus profondément dans mon anonymat, finalement, j'étais devenue unique. Et là, seule, invisible, j'étais libre. Enfin.

Et maintenant, il faut que je meurs, n'est-ce pas ? Je n'ai même pas réussi a survivre sans lui plus d'une journée... J'offre mon corps a la nuit, mon âme aux ténèbres, mes lèvres aux démons, le reste a dieu, s'il existe quelque part. Je laisserai le plus abominables des monstres se repaître de ma chair si je peux par cela apaiser sa faim. Je donnerai bien plus que ce que je possède pour pouvoir aider quelqu'un. Alors je me donne, je me rends. Au sol, a la vie, au monde. Et comme ça sûrement, je ne serais plus seule, invisible. Insignifiante. Je ferais partie d'un tout, où « Je » ne sera plus et sera remplacé par « Nous » Parce qu'il y en a qui perde des mots, en route. Moi, j'ai tout gardé. J'ai gardé tous ces mots dans mon cœur. Car c'est mon cœur qui a vécu, pas celui des autres. Sauf que mon cœur, lui aussi, finit par oublier, même la douleur, même son odeur, même son visage et ses yeux... Bleus.

C'était un jour si terne. Et pourtant, en un instant, la vie a gagné des couleurs. JE suis devenue quelqu'un. JE suis devenue invisible pour eux. Ce jour-là, oui, le ciel ne m'a jamais paru si bleu... Je marchais dans la rue, sous les pâles rayons du soleil. Je ne me rappelle même plus ce que je faisais, sans doute quelques courses, en revenant de mon travail. Je sortais tout juste d'une fac de lettres, et j'avais décroché un job de traductrice dans une maison d'édition. J'aimais bien les lettres, ces courbes qui, assemblées, formaient des mots. J'aimais réfléchir à la vie, aux sens de ces phrases, aux sons qu'elles provoquaient, aux souvenirs et aux sensations qu'elles faisaient surgir en moi. J'ai toujours été aussi curieuse de la vie, toujours avec cette candeur enfantine et innocente.

J'étais seule, perdue, rêveuse. Le monde me semblait flou et brumeux. Je m'égayais d'un rien, je cherchais sans cesse la liberté. J'avais quitté ma famille dès ma majorité pour partir étudier ce que je voulais, où je voulais. Je faisais ce qui me plaisait dans ma vie, sans me soucier de l'avis des autres, du regard des autres. J'étais heureuse dans mon égoïsme. Mais alors, si j'étais si heureuse – parce que oui, cette banalité ne me rendait pas triste, alors disons qu'elle me rendait heureuse - avec un emploi stable, un appartement confortable, pourquoi est-ce que j'ai décidé de me rebeller ? Parce que cette banalité heureuse ne me plaisait plus. Oui, ce jour-là, terne comme les autres, mystérieux, comme toujours, j'ai aperçu, parmi mes songes constellés, une lumière aveuglante. Rien de doux ni de monotone, rien de triste, rien de ce que j'avais pu voir dans ma vie. J'ai effleuré du bout des doigts quelque chose qui n'était ni banal ni heureux. Mais tout bonnement merveilleux. Et après avoir goûté à cela, la banalité qui me semblait fascinante m'est devenue totalement fade et inintéressante.

Je longeais alors une grande propriété munie d'un immense jardin emplit de roses à l'odeur sucrée. J'y passais chaque jour, en m'extasiant toujours sur la beauté des grandes tulipes ou encore du bleu violacé des énormes bouquets d'hortensias. Je savais que la maison – mais dieu, que c'était indécent d'appeler maison une résidence qui ressemblait davantage à un château ! - appartenait à une riche famille étrangère qui passait parfois leur été ici. Mais, le reste de l'année, leur fils y résidait, y faisant je ne sais quoi. Dans la ville, les rumeurs jasaient et les commères piaillaient sur le physique avantageux du jeune homme. Pourtant, personne n'avait jamais eu le plaisir de rencontrer quelqu'un d'autre que le jardinier ou autre domestiques. J'observais comme souvent la magnificence de la demeure, glissant mon regard entre les barreaux du portail puis entre le grillage. La bâtisse semblait tout droit sortie d'un vieux film, avec ses moulures délicates et ses statues pâles comme la mort, disséminées çà et là. Pourtant ce jour là, au milieu du jardin, tenant entre ses doigts une rose aussi rouge que le sang, se trouvait un jeune homme. Je fus immédiatement intriguée par le regard étrange qu'il lançait au ciel. Il ressemblait à une statue, figée dans une posture irréelle.

Il avait les cheveux blonds, les cils longs et clairs. Ses yeux... Ses yeux bruns étaient bleus. Parce qu'à l'intérieur, j'apercevais le ciel se refléter. Sa peau était pâle, diaphane, je voyais sa pomme d’Adam rouler le long de son cou, puissant et large. Il était beau. S'il m'avait dit qu'il était un ange, en cet instant, je crois que je l'aurais cru. Il avait cette grâce indescriptible, il était indéniablement viril mais à la fois tellement féminin. S'il m'avait dit qu'il était Dieu, je me serais dès lors jetée à ses pieds. Je lui aurais donné la lune s'il me l'avait demandé. Il paraissait si fort et si fragile à la fois. Il semblait supérieur à tous. Il y a un mot pour qualifier les gens comme lui. Charismatique. Dans un mouvement altéré, à la fois instinctif mais mesuré, je n'aurais su le dire, il s'est avancé vers moi. A laissé choir la rose qu'il tenait. Et les pétales écarlates se sont écrasés sur l'herbe verdoyante, telle des milliers de gouttes de sang jetées à terre. Il m'a regardé dans les yeux.
    - Viens avec moi. Sa voix était aussi douce que de la soie, moins aiguë que je ne l'ai pensé, mais pas vraiment grave non plus. Mais moi, tétanisée par son visage si proche du mien, par ses paroles que je ne comprenais pas, je suis restée là, immobile. Alors, il a tiré sur une cigarette invisible, sans forme, a rejeté sa tête en arrière. Et a continué, plus fermement.
    - Je veux te parler. Étais-je prisonnière d'un rêve ?
    - Pourquoi ? Ma voix était rauque et contrastait tant avec la sienne. Il était tellement mieux que moi. Tellement supérieur. Pourquoi donc me parlait-il ? Je ne pouvais pas perdre cette opportunité. Je ne voulais pas perdre cette chance inestimable.
    - J'aime te parler. Comment pouvait-il aimer quelque chose qu'il n'avait jamais expérimenté ? Était-ce, comme moi, une impression diffuse mais tenace qu'il ressentait au plus profond de son corps, de son âme ?
    J'ai crispé mes mains sur le grillage.
    - De quoi veux-tu parler ? Nous ne nous connaissons pas.
    - De tout, de rien. De la vie, si tu veux.
    Il ne releva pas son visage, fixant le ciel de son regard.
    - Ce n'est pas ennuyant ?
    Il a brusquement ramené ses yeux vers moi et, en scrutant au fond du noir de mes pupilles, il a dit :
    - Non. Si tu le veux, tu peux en faire quelque chose de merveilleux.
    - Et je te dirai quoi ? Je t'en prie, dis moi ce que je devrai te dire... J'avais peur de ne plus lui parler, et d'ainsi perdre cette chance irréelle. Mais au contraire, j'avais peur de ne pas lui plaire. Oui, moi qui me fichais des avis des autres. En un instant, j'ai voulu devenir quelqu'un pour lui. Je voulais poursuivre ma chimère avec lui. Je voulais devenir libre. Avec lui. Nous n'étions plus des inconnus. Nous existions.
    - Eh bien on discutera, tu me raconteras ce que tu fais, ce que tu vas faire, ce que tu aimerais accomplir... Et alors nous serons libres, tu verras.
Il a posé sa main contre la mienne, le grillage froid entre nos deux paumes. Puis nous sommes partis ensemble. Pour un long voyage. J'étais fascinée comme une enfant, je confiais ma vie à cet homme dont je ne connaissais même pas le nom, sans même savoir qui il était. Mais quelle importance ? Un nom ne fait rien, ce n'est qu'une case où on place les gens, parce qu'on ne les connaît pas. Et qu'on ne veut pas plus les connaître. Mais moi, je voulais tout savoir de lui. Dans mon cœur, dès l'instant où il croisa mon regard, il exista. Et moi, je pensais exister, pour lui aussi. Et depuis ce jour, le soleil a commencé à décliner. Vertigineusement, inéluctablement.


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